Dématérialisation : le grand effacement
11 juin 2021 // Media & Add-0n // 8223 vues // Nc : 137

Sony annonçant la fermeture de son magasin en ligne PSP, un pas de plus est franchi vers la suppression du support CD. Un changement qui en inquiète plus d’un, notamment les conservateurs de la mémoire vidéoludique.

Tout commence quand Sony annonce, il y a plusieurs mois, la fermeture du magasin en ligne pour les consoles PlayStation 3, PS Vita et PSP. Nous devions dire adieu à une énorme partie de la ludothèque uniquement disponible via ces « stores ». Les joueurs n’auraient plus accès à un long chapitre de l’histoire du jeu vidéo. Les éditeurs, eux, perdraient tout simplement des projets qu’ils avaient annoncés quelques mois auparavant, et qui du coup n’auraient pas la possibilité de sortir. Face à la polémique, la firme japonaise a fait son mea culpa et est revenue sur sa décision… du moins en partie. Parce que si PS3 et PS Vita échappent à l’échafaud, le store de la PSP devrait bien disparaître le 2 juillet prochain. Alors si Sony sauve quelques pots cassés, il n’empêche que c’est tout un musée de la porcelaine qui finira à la casse.

On en vient donc à notre problème, c’est quoi un jeu et à qui appartient-il ? Pour les grandes maisons telles que Sony le jeu vidéo est avant tout un produit commercial. On ne peut pas trop leur en vouloir sur ce point-là, puisqu’il s’agit de leur gagne-pain. Là où le bât blesse, c’est la prise en compte de l’opinion du joueur et l’importance donnée à la conservation de l’histoire vidéoludique. Alors oui, les musées du jeu vidéo qui retracent cette histoire existent. Mais il faut comprendre que lorsque la dématérialisation a commencé à être le plan d’avenir des majors, c’est tout un écosystème qui a été chamboulé. Aujourd’hui, certains jeux n’existent que dématérialisés. Et les musées dont on parle présentent la saga vidéoludique avant tout à travers les machines, cartouches et autres CD.

Si aujourd’hui, ce chapitre de l’histoire est encore suffisamment récent pour qu’on s’en rappelle, quid de la conservation de la mémoire dans 20 ans. Il y a l’argument du « oui, mais ce sont de vieux jeux, on n’y jouera plus ». Mais justement, ce sont de vieux jeux. Leur préservation devrait être une priorité. Il suffit de voir à quel point des organisations se tuent à la tâche pour restaurer de vieilles œuvres cinématographiques. Imaginez un peu si tous les films Netflix, HBO Max et Prime Video ne bénéficiaint pas d’un support physique officiel. Que deviendraient-ils si ces plateformes venaient à disparaître ?

À travers la fermeture du « store » PSP, Sony rappelle à tout le monde que tout ce qui tourne sur ses consoles lui appartient avant tout. Et même s’ils ont fait un pas en arrière concernant la PlayStation 3 et la PS Vita, le cas de la PSP montre bien qu’au final, ils auront toujours le dernier mot. Au final, qui sera là pour raconter les mémoires du jeu vidéo, une fois que la dématérialisation sera le seul support encore en activité ?


Propos recueillis par  Eymeric Radilofe

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Cinéma : Hary Joël rallume l’écran avec Anjiro

Lire

2 mars 2026

Cinéma : Hary Joël rallume l’écran avec Anjiro

Couronné Zébu d’or lors de la 20ᵉ édition du Madagascourt Film Festival, The Anjiro de Andriaminosoa Hary Joël Rakotovelo s’est distingué par un unive...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir