Tavela : Victoire par KO
4 juillet 2020 // Cinéma // 8434 vues // Nc : 126

Le cinéaste franco-malgache-indien Geoffrey Gaspard a fait du morengy le sujet de son premier long métrage documentaire intitulé « Tavela »[1] (1 h 06, 2018). En plus de nous faire découvrir ce sport de combat traditionnel, le film nous invite à réfléchir sur notre identité culturelle.

Tavela (K.-O.) s’ouvre sur la voix d’une hôtesse de l’air qui indique aux passagers que l’avion est arrivé à l’aéroport d’Antsiranana. Tout au long de son documentaire, Geoffrey Gaspard use des plans fixes pour nous montrer des images liées à sa ville natale : les rues, la baie, Nosy Lonjo. Ce mode de narration contemplatif distille une atmosphère pleine de nostalgie. Cependant, il ne s’agit pas de donner une vision édulcorée de Diego-Suarez. Les problèmes qui affectent cette ville sont également abordés. Ainsi de la dépendance au khat, une drogue très prisée par les jeunes de Diego : consommation qui n’est pas sans danger sur la santé de cette population qu’un intervenant dans le film qualifie de « sans repères » en raison de la mondialisation.

Le cinéaste analyse avec lucidité l’impact de la globalisation sur le morengy, pour le meilleur et pour le pire. Des intervenants, anciens pratiquants, déplorent notamment que cette tradition ancestrale perde de son authenticité ; tout n’est plus que business et sa technique même est dénaturée par l’intrusion d’arts martiaux étrangers. Thierry Saidani, l’entraîneur de Gilo, ne voit pas quant à lui d’inconvénients à ce métissage. Il a envoyé son poulain en Thaïlande pour apprendre la boxe thaïet ce qui en résulte s’avère très efficace. Grâce à cet acquis, Gilo est devenu Fagnorolahy, un champion de morengy, une véritable star régionale.

[1] Sélectionné dans des festivals de cinéma en Inde, en Grande-Bretagne, en France, au Kenya, au Brésil, à Madagascar. Mention spéciale du jury au Festival Africlap à Toulouse en 2019.

À travers ces deux positions contradictoires, le documentaire nous invite à nous interroger sur la manière dont nous devons gérer notre identité culturelle : opter pour la conservation stricte des traditions ou choisir la voie du métissage culturel, avec tous les risques de dénaturation que cela engage. Voulant assurer une large diffusion à son film, Geoffrey Gaspard l’a rendu public sur une plate-forme. Depuis mars, Tavela est en effet en libre accès sur YouTube (https://youtu.be/t4gyK6i_doo).

Propos recueillis par Aina Randrianatoandro
ACCM (Association des critiques de cinéma de Madagascar)

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir