Tsiriniaina Hajatiana Irimboangy « Le lamba, témoin de l’histoire »
12 juillet 2022 // Mode & Design // 6044 vues // Nc : 150

Lauréat de la bourse Yavarousshen, le designeur chercheur et créateur d’images a passé plusieurs mois à Madagascar pour ses recherches sur le lamba « vêtement traditionnel symbolique et vêtement manufacturier industriel ». Thème qui a fait l’objet d’une exposition à la Recyclerie à Paris, en avril dernier.

Comment est né le projet ?
Tout est parti d’un projet que je devais réaliser pour mon diplôme à l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers des arts (Ensamaa) de Paris. Au départ, je ne pensais pas faire un projet sur Madagascar. Je voulais travailler sur le geste, ensuite sur le geste artisanal, ce qui m’a amené à l’artisanat malgache. Comme c’était encore trop vaste, j’ai décidé de travailler sur le textile. Je me suis rappelé mes souvenirs d’enfance où je voyais ma grand-mère et son lamba. Je n’aurais jamais pensé que derrière ce tissu que je considérais comme une simple couverture, il y avait des ramifications profondes. C’est un médium intéressant qui permet de parler du patrimoine malgache, et surtout de le préserver et de le transmettre.

Un territoire quasiment vierge…
Même si c’est un projet scolaire, il fallait qu’il ait une application réelle. Je me suis dit que ma cible

pourrait être les jeunes de la diaspora ou les gens sensibles à la culture. Il fallait également trouver un lieu qui pourrait être le commanditaire de ce projet ; j’ai pensé au Quai Branly ou d’autres institutions. Pour les travaux de recherches, j’ai contacté des artistes, des chercheurs, des artisans… Et là, je me suis rendu compte qu’il y avait très peu d’ouvrages sur le textile malgache. J’en ai trouvé deux ou trois écrits par des chercheurs anglophones ou canadiens, mais quasiment rien du côté des chercheurs malgaches.

Mais les recherches ont porté ses fruits ?
Dans un premier temps, j’ai fait un état des lieux du lamba, sur tout ce qu’on en avait dit. Ensuite, pour la partie production, j’ai collaboré avec Chloé Bourhis qui étudie le design de mode et le textile, pour tout ce qui touche à la pratique et à la matérialité. J’ai aussi travaillé sur une partie numérique avec la 3D, la photo et la vidéo. Mon objectif était de comprendre les motifs sur les lamba, par exemple, le lamba ankotifahana du début du XIXème siècle. Au début, je voulais travailler sur les formes, mais mes professeurs m’ont poussé à chercher les significations. J’ai donc commencé un travail d’anthropologue en contactant des artisans. J’ai répertorié des familles de motifs en fonction des formes répétitives comme les ronds ou les triangles. Je les ai redessinés de façon plus complexe, mais ce sont uniquement des interprétations pour pouvoir travailler. Je voudrais collaborer avec des historiens pour connaître la signification des symboles.

Pourquoi cet intérêt particulier pour le « lambahoany » ?
Quand on parle de lamba, les gens ont directement le lambahoany comme référence. Je ne voulais pas travailler dessus, mais je me suis rendu compte que c’est un outil de communication très codé : un support intéressant pour un graphiste ! Je me suis ressaisi du code du lambahoany en reprenant les motifs un peu trop kitsch à mon goût pour les réinterpréter, comme l’image centrale qui est devenue une photo de ma grand-mère !  J’ai également demandé à des gens en France de me prêter leur lamba que j’ai fait porter par des amis. J’ai fait un scan en 3D avec différentes postures pour avoir différents points de vue du lamba. Et en fond audio, les propriétaires racontent une anecdote autour de leur lamba.

Que vous apporte la bourse Yavarhoussen ?
Elle nous permettra de promouvoir l’histoire de l’art malgache. Notre problématique est de savoir comment on passe du vêtement traditionnel au vêtement manufacturé. Pendant notre séjour à Madagascar, nous allons rencontrer des artisans, aller dans les marchés et les friperies pour en savoir plus…


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Ataovy fitia lamba sy akanjo, sady itafiana no kolokoloina
Lambahoany, 110 cm x 160 cm, Lambahoany, Installation exposition Lamba alohan'ny handehanana, Saint-Ouen, photographie par Sophie Andriamanoro.
Motifs amulettes
Découpe laser sur medium récupéré, Vue de l'exposition de diplôme "Lamba, tissu de reconnexion", ENSAAMA, Paris.
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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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