Tsiriniaina Hajatiana Irimboangy « Le lamba, témoin de l’histoire »
12 juillet 2022 // Mode & Design // 9597 vues // Nc : 150

Lauréat de la bourse Yavarousshen, le designeur chercheur et créateur d’images a passé plusieurs mois à Madagascar pour ses recherches sur le lamba « vêtement traditionnel symbolique et vêtement manufacturier industriel ». Thème qui a fait l’objet d’une exposition à la Recyclerie à Paris, en avril dernier.

Comment est né le projet ?
Tout est parti d’un projet que je devais réaliser pour mon diplôme à l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers des arts (Ensamaa) de Paris. Au départ, je ne pensais pas faire un projet sur Madagascar. Je voulais travailler sur le geste, ensuite sur le geste artisanal, ce qui m’a amené à l’artisanat malgache. Comme c’était encore trop vaste, j’ai décidé de travailler sur le textile. Je me suis rappelé mes souvenirs d’enfance où je voyais ma grand-mère et son lamba. Je n’aurais jamais pensé que derrière ce tissu que je considérais comme une simple couverture, il y avait des ramifications profondes. C’est un médium intéressant qui permet de parler du patrimoine malgache, et surtout de le préserver et de le transmettre.

Un territoire quasiment vierge…
Même si c’est un projet scolaire, il fallait qu’il ait une application réelle. Je me suis dit que ma cible

pourrait être les jeunes de la diaspora ou les gens sensibles à la culture. Il fallait également trouver un lieu qui pourrait être le commanditaire de ce projet ; j’ai pensé au Quai Branly ou d’autres institutions. Pour les travaux de recherches, j’ai contacté des artistes, des chercheurs, des artisans… Et là, je me suis rendu compte qu’il y avait très peu d’ouvrages sur le textile malgache. J’en ai trouvé deux ou trois écrits par des chercheurs anglophones ou canadiens, mais quasiment rien du côté des chercheurs malgaches.

Mais les recherches ont porté ses fruits ?
Dans un premier temps, j’ai fait un état des lieux du lamba, sur tout ce qu’on en avait dit. Ensuite, pour la partie production, j’ai collaboré avec Chloé Bourhis qui étudie le design de mode et le textile, pour tout ce qui touche à la pratique et à la matérialité. J’ai aussi travaillé sur une partie numérique avec la 3D, la photo et la vidéo. Mon objectif était de comprendre les motifs sur les lamba, par exemple, le lamba ankotifahana du début du XIXème siècle. Au début, je voulais travailler sur les formes, mais mes professeurs m’ont poussé à chercher les significations. J’ai donc commencé un travail d’anthropologue en contactant des artisans. J’ai répertorié des familles de motifs en fonction des formes répétitives comme les ronds ou les triangles. Je les ai redessinés de façon plus complexe, mais ce sont uniquement des interprétations pour pouvoir travailler. Je voudrais collaborer avec des historiens pour connaître la signification des symboles.

Pourquoi cet intérêt particulier pour le « lambahoany » ?
Quand on parle de lamba, les gens ont directement le lambahoany comme référence. Je ne voulais pas travailler dessus, mais je me suis rendu compte que c’est un outil de communication très codé : un support intéressant pour un graphiste ! Je me suis ressaisi du code du lambahoany en reprenant les motifs un peu trop kitsch à mon goût pour les réinterpréter, comme l’image centrale qui est devenue une photo de ma grand-mère !  J’ai également demandé à des gens en France de me prêter leur lamba que j’ai fait porter par des amis. J’ai fait un scan en 3D avec différentes postures pour avoir différents points de vue du lamba. Et en fond audio, les propriétaires racontent une anecdote autour de leur lamba.

Que vous apporte la bourse Yavarhoussen ?
Elle nous permettra de promouvoir l’histoire de l’art malgache. Notre problématique est de savoir comment on passe du vêtement traditionnel au vêtement manufacturé. Pendant notre séjour à Madagascar, nous allons rencontrer des artisans, aller dans les marchés et les friperies pour en savoir plus…


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Ataovy fitia lamba sy akanjo, sady itafiana no kolokoloina
Lambahoany, 110 cm x 160 cm, Lambahoany, Installation exposition Lamba alohan'ny handehanana, Saint-Ouen, photographie par Sophie Andriamanoro.
Motifs amulettes
Découpe laser sur medium récupéré, Vue de l'exposition de diplôme "Lamba, tissu de reconnexion", ENSAAMA, Paris.
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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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