Rova Barinirina « Mada brûle, Tana tousse »
7 novembre 2020 // Nature // 4712 vues // Nc : 130

Si la capitale a retrouvé un air propre durant le confinement, la reprise des activités signe le retour de la pollution. Elle est impliquée dans un décès sur six chaque année à Madagascar, explique Rova Barinirina, responsable du développement et suivi évaluation de l’ONG Initiative pour le développement, la restauration écologique et l’innovation (Indri).

Peut-on dire que la pollution est la principale cause de décès dans le monde ?
Selon Drew McCartor, co-auteur du Plan d’action en matière santé et de pollution de Madagascar, la pollution tue dans le monde plus de gens que la guerre, la faim, le paludisme, le Sida et la tuberculose.  Notre pays ne fait pas exception, et c’est la pollution de l’air qui est la plus grave sur le plan sanitaire, reliée à un décès sur six chaque année. En cause, la cuisson des briques, les eux de déchets, les véhicules mal entretenus, le carburant de mauvaise qualité, les centrales thermiques… En septembre et octobre, les habitants des hauts plateaux respirent aussi beaucoup de fumée provenant des feux de végétation, souvent sans s’en apercevoir.

La pollution des zones rurales rejaillit sur les villes…
Chaque année, Madagascar brûle. Les feux se multiplient pour renouveler les pâturages, nettoyer les champs ou pratiquer l’agriculture sur brûlis. Certains échappent à tout contrôle. On pourrait croire que cela est trop loin pour toucher les zones urbaines, mais pas du tout. Les particules fines sont transportées par le vent et se retrouvent dans les villes.

Ces fumées viennent s’ajouter aux pollutions déjà présentes, et les concentrations de particules fines explosent même dans les quartiers éloignés du trafic routier. La fumée est partout, jusque dans les habitations. Le 1er octobre dernier, suite à d’importants feux de végétation dans la région d’Analamanga, l’ONG Indri a mesuré des concentrations de particules fines dix fois supérieures aux normes fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), même loin des axes routiers.

Quelles sont les conséquences pour la santé ?
En plus de constituer un désastre écologique (recul des forêts, dégradation des sols, érosion, etc.), les feux sont à l’origine d’un grave problème sanitaire. La revue scientifique The Lancet alertait en janvier 2020 sur les feux qui frappaient l’Australie, indiquant que les taux de particules fines constatés pourraient causer une surmortalité de 5,6 %, un accroissement des maladies cardiovasculaires et respiratoires, des impacts graves sur les grossesses et même sur le cerveau. La situation constatée à Tana, bien que moins étudiée, pourrait s'avérer aussi grave d’autant qu’elle se répète chaque année.

Quelles solutions pour palier ces problèmes ?
Le risque sanitaire ne peut plus être ignoré. Alors que depuis 1990, Madagascar a réussi à faire baisser la mortalité liée aux maladies transmissibles, les pathologies causées par la pollution de l’air continuent d’augmenter. Pour renverser cette tendance, il est indispensable de s’attaquer à la fois à la pollution automobile (qualité des carburants, contrôle technique des véhicules, transports propres) et au problème des feux resté non résolu depuis des décennies. Sur ce dernier problème, Madagascar dispose de nombreux acteurs compétents et volontaires (administrations, ONG, société civile, secteur privé, chercheurs, bailleurs de fonds) investis dans la gestion des paysages et des forêts. Si le pays échoue, ce ne sera donc pas par manque de capacité, mais à cause d’un éparpillement des actions.

Justement, quelles sont les actions menées par l’Indri ?  
En tant que think and do tank (groupe de réflexions) malgache, l’Indri espère soutenir les autorités et tous les acteurs concernés dans leurs efforts pour faire émerger une stratégie collective face à cet enjeu capital. C’est le sens de la plateforme Agora des paysages et des forêts en préparation. Nous en sommes convaincus, si nous sommes unis et déterminés, l’intelligence collective du pays peut nous permettre de restaurer nos écosystèmes et de rendre à la population un air de qualité.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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