Nanté98 : Masque de feu
3 mai 2023 // Musique // 10727 vues // Nc : 160

À tout juste 24 ans, Nantenaina Andrianina Rakotonirina de son nom d'artiste Nanté98 est rappeur et propriétaire de la structure Fuego Records et du studio Fuego.Std. Étudiant, il traîne incognito dans les rues de Tana, au silence d’un succès sur les réseaux. Suivi par plus de 41.000 facebookers, ce très jeune rappeur a sa vision du rap à Madagascar et il ne ménage pas ses efforts pour atteindre cet idéal.

« Jereo » et « 100% », deux titres exceptionnels qui ont fait vibrer plus d’un sur les réseaux. Sons à l’honneur de la solidarité, ces petits bouts sont extraits de LIOR, dernier album du rappeur. Artiste, entrepreneur et étudiant, Nantenaina alterne sa vie sur les réseaux avec celle d’un jeune étudiant normal. De l’écriture à la production, Nanté98 gère ces projets de A à Z : déjà deux sons accessibles sur les plateformes de streaming et un troisième en cours. Derrière le succès, un jeune méticuleux et perfectionniste, se donnant à 100 pour cent pour chaque morceau. Le rappeur avoue « mon truc quand je fais un album, c’est de faire 27, 26 chansons et de choisir les 15 à 20 meilleures. C’est mieux d’avoir plusieurs choix que d’en manquer. » Quelques collaborations importantes laissées, Nanté98 ne s’en cache pas « des feats ont été enregistrés mais je ne les ai pas mis dans la tracklist. On me dira que je suis fou ou que je gaspille mes sons mais peu importe le casting, si tu n’es pas satisfait ou si ton/ta collabo ne l’est pas, on ne fait pas le son. »

Nanté98 a débuté sur un défi, les Tentoes Challenge. Poussé par un ami, le maître des mots a gardé ces textes secrets pendant deux ans avant de discrètement les dévoiler en 2019. Depuis, il enchaîne les projets. En 2020, il sort son premier EP (extented play – un petit album) Neuf Huit Part.1, puis un album entier nommé LIOR en mai 2022. Il écrit sur son vécu ou prend la place d’autrui, il n’y a pas de thème précis pour l’auteur. « Quand j’écris, je me pose et je cherche les choses que je ressens, des choses qui me touchent, des choses que j’ai vécues, qu’un proche a vécues, des choses qu’on n’oublie pas facilement. Et je me demande si je pourrais toucher un maximum de gens comme moi. » Les thèmes lui semblent barbants et il attribue ses textes au freestyle, de l’écriture par intuition, avec pour seul but, toucher ses auditeurs. Pour LIOR, l’auteur se lance sur de l’Egotrip (un concept auquel les rappeurs parlent du bien d’eux-mêmes en évitant de dénigrer les autres rappeurs N.D.L.R.), une ode à la force qui l’a mené à travers ses combats.

LIOR, son dernier album s’est fait sur de la cendre. Pas seulement en écriture, Nanté98 n’avait que des moyens limités pour réaliser son projet. LIOR a pris trois ans à se réaliser et l’exigence de l’auteur y est pour beaucoup. Des tracks de 2020, 2021, 2022, la production n’a pas été du luxe. « La création de cet album a beaucoup d’histoires. Je l’ai enregistré dans différents endroits parce qu’on n’avait pas encore de Studio fixe ; je crois qu’en tout j’ai enregistré dans 6 ou 5 endroits différents. On ramenait le matos partout », confie le rappeur. Des drills bien marqués déjà disponibles sur Spotify, Youtube et Deezer. « Tiako koa maman », « Voalohany » et « Farany », les coups de cœur de Nanté98 sont la marque de la passion qu’il y met à la création de chaque morceau. Le rappeur ne peut s’empêcher de s’émouvoir.  « J’ai beaucoup aimé la façon dont je les ai écrits et la façon dont Kresnik et Isekai ont fait ces prods. Après, je suis conscient qu’ils ne sont pas aussi populaires que « Tadidiko » et « Masoandro » mais ce sont ceux qui m’ont le plus parlé. »

De texte, de production et d’image. Nanté98 ambitionne d’améliorer l’image bien délaissée du rap dans le pays. « Beaucoup de gens voient la mauvaise facette du rap. Et celle qui domine, c’est la facette du bad buzz, des clips avec zéro effort, des centaines voire des milliers de jeunes qui rappent parce que c’est « populaire ». C’est cette facette-là que j’aimerais effacer parce que le rap à Madagascar renvoie cette image. » L’artiste vise un meilleur classement de son domaine, un rang dans la « bonne musique ». Un espoir qu’il voit déjà se réaliser sur les réseaux du Fuego Records avec plus de 100.000 auditeurs sur Spotify et quelques 60.000 sur Youtube. Nanté98, de son jeune âge, réveille l’esprit de ses auditeurs à travers ces morceaux et qu’il ne manque pas de remercier. Son succès, il le doit au soutien inconditionnel de ses auditeurs. D’ailleurs, le rappeur promet une deuxième partie à son EP Neuf.Huit part.1 et un mixtape par Fuego bientôt.

Propos recueillis par  Rova Andriantsileferintsoa

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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