Mamy Razakanaivo Ranto « Les professionnels du cinéma devraient avoir plus de liberté »
10 août 2023 // Cinéma // 5617 vues // Nc : 163

À 23 ans, Mamy Razakanaivo Ranto est scénariste, réalisateur, comédien et producteur. Autodidacte, le créateur a fondé sa boîte Craft Film Madagascar il y a deux ans. Son dernier projet, Tafita, est un film à huis clos d'une heure et demi, qu'il a lui-même écrite. La comédie sera projetée les mois d'août et septembre dans les salles de cinéma à Antananarivo, et un peu plus tard, dans les provinces.

De quoi parle le film ?
Tafita, c'est l'histoire de Mahandry, un jeune serveur qui fait de son mieux pour s'en sortir. Amoureux de son ex au lycée, Alicia, il finit par mentir sur ses activités. Dans l'espoir de reconquérir sa bien-aimée, Mahandry se fait passer pour le propriétaire de la maison pour laquelle son père travaille. Il s'agit d'une comédie.  Le projet me tient particulièrement à cœur, surtout parce que j'ai toujours été fan de films de comédies françaises. Tafita a été long à élaborer, car j'ai commencé l'écriture en octobre 2022, pour l'achever en début d'année, et tourner en juin.

Un film en autoproduction ?
Cela a été un grand défi, principalement parce qu'il s'agit d'une comédie : écrire une comédie demande du temps, si une vanne ne marche pas, ça pourrait ruiner le film. L'histoire se passe dans une maison, en huis clos, c’est un choix que j'ai fait pour limiter le coût. Cette fois, j'ai décidé de me concentrer sur les techniciens.

J'y ai investi la plupart de mes moyens, pour avoir un meilleur rendu.
Ce projet est d'autant plus marquant, de par son élaboration. Nous l'avons produit seuls à travers Craft Film Madagascar, sans co-producteurs. L'avant-première est prévue pour ce 19 août.

Un réalisateur autodidacte ?
J'ai appris tout du cinéma par les livres et les tutoriels. En 2021, j'ai participé à une formation délivrée par le Ministère de la Communication et de la Culture sur l'écriture de scénarios. Pour ce qui est de la production ou de la réalisation, j'ai appris tout cela seul. Le cinéma étant mal vu par mes proches, j'ai été contraint de faire des études en entrepreneuriat ; heureusement, mes études m'ont mené, vers la fin, à la création de ma boîte : Craft Film Madagascar. Seul ou en équipe, je me suis beaucoup entraîné, depuis 2016, sur des films courts, durant les compétitions, pour m'améliorer. C'est en 2021 que j'ai fondé la boîte, et j'ai tourné mon premier long-métrage Tiako Hitoetra avec Ayam, Wendy Darling et d'autres célébrités. Tafita est mon second long-métrage, j'y suis en tant que scénariste, producteur, et interprète du rôle principal. J'ai également dirigé les acteurs, ce qui a été un grand défi, mais heureusement, j'ai été aidé par une équipe formidable et un réalisateur exceptionnel, Kevin Reigns. En parallèle, je travaille dans le domaine de la vidéo et du digital web marketing. J'attribue mes prestations au financement des projets de la boîte.

Votre avis sur le milieu du cinéma à Madagascar ?
Il y a bien des restrictions de contenu. L'obtention d'autorisation pour parler de sujets sensibles comme la politique devient assez difficile, et pourtant, ce sont des faits que nous voyons tous les jours. Je voudrais convaincre les entités responsables que les professionnels du cinéma devraient avoir plus de liberté, d'autant que ce médium est utilisé principalement pour faire passer un message. Au-delà de cela, j'aimerais ramener sa valeur au cinéma. Madagascar est assez réputé auprès des étrangers pour son « cinéma de brousse », les films sont projetés dans les écoles, et dans les centres. En revenant dans de vraies salles de cinéma, le film reprend toute sa valeur et son glamour. À part cela, je prévois de plonger dans un tout nouveau genre : ce sera un drame, avec des sujets qui touchent particulièrement la société. Je ne reste pas figé sur un même sujet, ou un même genre ; j'aimerais les explorer tous. Pour l'instant, j'ai espoir qu'après Tafita, je ne reviendrai plus à mes anciennes prestations, et que je pourrai entièrement vivre de cet art.

Les projets ?
Après l'avant-première, je tiens particulièrement à ce que le film soit projeté dans des salles de cinéma. Pour moi, c'est la meilleure manière d'implanter une industrie du cinéma à Madagascar. Je vise surtout les jeunes adultes, afin que ceux-ci apprécient et fassent apprécier les moments en salle. Le but étant aussi de ramener l'engouement pour le cinéma Malgache qui, ces dernières années, a perdu de sa valeur. J'aimerais implanter en eux cette culture de l'excellence. Avec mon équipe, nous recherchons l'amélioration continue, et nous voyons ensemble les erreurs dans les projets précédentes pour ne plus les refaire, et cela, afin d'élargir notre base de fans, mais aussi celle du cinéma en général à Madagascar. Je souhaiterais que chaque projet monte en qualité, que l'on soit fier de ces « vita gasy ». Je reste ouvert à toute proposition de distribution, dans l'optique de créer une vraie collaboration du milieu, entre producteurs et distributeurs.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa
Mamy Razakanaivo Ranto : +261 34 09 831 63

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Exposition : Dendrophile, respirer l'art des arbres

Lire

24 décembre 2025

Exposition : Dendrophile, respirer l'art des arbres

À Madagascar, la troisième édition d'Antson'ny tontolo miaina transforme la matière végétale en poésie visuelle et sculpturale. De la Flow Gallery à I...

Edito
no comment - Bonne… continuation

Lire le magazine

Bonne… continuation

Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

No comment Tv

Making of shooting mode – Décembre 2025 – NC 191

Retrouvez le making of shooting mode du 𝗻𝗼 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁® magazine, édition décembre 2025 - NC 191
Prise de vue : Ambatobe Résidence 
Collaborations : Kostami - Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Addie, Kenny, Mitia, Natacha, Onitiana, Manoa, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

African Series Of Poker

African Series Of Poker, en décembre à l’Hôtel Carlton à Anosy

no comment - African Series Of Poker

Voir