Lire ou comment respirer par les feuilles
23 février 2025 // Littérature // 8809 vues // Nc : 181

Pourquoi lire ? Et lire nous conduit où ? Est-ce nécessaire ou est-ce un passe-temps comme un autre auquel on s’adonne dans nos moments perdus ? Est-ce que lire améliore notre quotidien ? Est-ce que la lecture nous rend meilleurs ? Autant de questions que peuvent se poser le lecteur ou le non-lecteur qui voudrait lire ou comprendre cette activité à laquelle s’adonnent les passionnés et les moins passionnés. Des interrogations qui n’ont pas de réponse toute faite, mais dont il faut tout de même élucider un tant soit peu.

LA LECTURE COMME EXPLORATION DE L’HUMAIN

Précisons dès l’abord que, parlant de lecture, je parle de littérature. Ainsi, en me posant ces questions, c’est la nécessité même de cette littérature que je questionne. Des questionnements qui de plus en plus pèsent sur mon esprit que je me rends compte, en tant qu’auteur malgache, de la fragilité des lettres en ce pays. Pourquoi lire au final si le pays part en crasse et en cendre, me diriez-vous ? Pourquoi se remplir l’esprit si le ventre est vide ? Et bien tout simplement parce que la misère n’enlève rien à l’âme. Le plus démuni de tous, peut-être celui ayant le plus besoin de ces nourritures célestes entre les pages d’un livre. Car lire, c’est se chercher. C’est chercher l’homme en nous entre ces lettres, ces mots, ces images finement brossées à la courbe de l’alphabet. Lire, c’est l’aveu d’un «je ne sais pas, mais je suis sur le chemin déjà». Et au bout, qu’y-a-t-il ? Rien si ce n’est cette expérience d’avoir été un Jean Valjean dans Les Misérables ou Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir ou Hira dans Revenir et bien d’autres encore.

Avoir été ces personnages, vivre cette démultiplication de soi, c’est avoir ouvert son âme à toute la richesse de la condition humaine. C’est connaître des amours impossibles, des rêves ignorés, des sentiers autres, des misères, des infortunes insoupçonnées. C’est plonger dans les plus intimes profondeurs de l’humain à travers des êtres non pas d’exception, mais des gens comme vous et moi seulement. Au final, lire, c’est marcher sur les pas des milliards d’êtres humains d’hier, d’aujourd’hui, de demain en s’affranchissant du carcan de ce nous même. C’est dès lors réaliser que ce nous-même est bien plus large. En lisant, on explore l’humain dans son étendue véritable.

LIRE C’EST RESPIRER

Pour tout dire, lire ne nous améliore pas, mais nous découvre seulement. Lire peut enrichir le vocabulaire, mais quel bien triste avantage si cela ne correspondait pas à l’ouverture d’un champ autre. Cela tout bonnement parce qu’évoquer c’est invoquer. Et invoquer quoi, si ce n’est ce monde au-delà du monde. Ce monde plus vrai que le réel appelé littérature. Ce voile qui tombe de la plus belle des manières sous les mains averties d’un Céline, d’un Éluard ou d’un autre.

C’est de cette manière que la littérature élève notre vision, elle nous libère de ce qui est pour mieux nous y jeter. C’est prendre la distance nécessaire pour ne pas suffoquer et y voir plus clair. C’est oser le délire pour mieux supporter la lucidité. Et cela a un prix, non pas celui du livre, mais celui du coeur, de l’âme et de l’esprit. Car lire, c’est s’asseoir volontiers dans une immense solitude, c’est rentrer en soi par le truchement de l’autre. En cela, lire est une angoisse, lire nous mord souvent, cependant lire aussi nous libère. En définitive, la lecture est pour beaucoup une manière de respirer quand le monde nous refuse l’air qu’il nous faut, non pas dans une évasion, mais comme une invasion de tous les possibles.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature/Journaliste.

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir