Kheman « Rétablir les sound systems à Madagascar »
15 janvier 2024 // Musique // 9972 vues // Nc : 168

Bien qu’il existe depuis presque 60 ans, le reggae reste une musique sous-estimée d’après l’artiste reggae Kheman. Alors, il fait sa part avec sa musique, et avec le sound system Ital Tunes. Grâce à ces deux activités, il veut diffuser le reggae à un public plus large, le débarrasser des stéréotypes et faire comprendre ce dont cette musique est capable.

Pourquoi Ital Tunes Sound System ?
Le sound system, c’est comme une boîte de nuit où on ne passe que du reggae et du dance hall, avec des animations spéciales.
C’est un partage de culture et de musique. Sans cette plateforme, c’est difficile de diffuser le reggae dans la masse. C’est pour être diffusé dans les sound systems que le reggae a vu le jour, et ce sont les sound systems qui le propagent, plus que la radio et la télévision.
À Mahajanga, il y avait le Kilimandjaro Sound, et le Kingston Sound, puis il y a eu One Love Sound à Antananarivo. Mais depuis une dizaine d’années, Ital Tunes Sound System est le seul qui est actif à Madagascar.
Nous avons arrêté il y a trois ans et nous nous sommes rendu compte qu’il n’y en avait plus, alors nous sommes en train de reprendre, et si tout se passe bien il y aura un sound system bientôt.

Dans ce genre d’événement, il y a plusieurs sous embranchements : le selecta qui choisit les musiques, et il y a le DJ qui est aussi le maître de cérémonie, c’est plutôt un animateur. Je suis à la fois selecta et DJ. Peut-être qu’il y aura une centaine de personnes au début, puis des milliers plus tard, réunis chaque semaine.

Mais y a-t-il une offre à la hauteur d’un sound system à Madagascar ?
J’ai commencé à être animateur sound system vers 2011, à Fianarantsoa. La salle était pleine à craquer alors que c’était une soirée reggae improvisée, de 20 heures à quatre heures du matin. Suite à quoi un connaisseur s’est approché pour nous dire qu’il ne s’attendait pas à être aussi impressionné à Madagascar. Sachant que cette personne a déjà assisté à des sound systems en Afrique du Sud et au Japon, entre autres. C’était un retour très encourageant pour une première soirée, alors j’ai continué. Il y avait aussi un projet de One Regime Album en 2016. C’est-à-dire qu’au lieu d’un album où il n’y a qu’un seul artiste, il y a un seul instrumental sur lequel plusieurs artistes chantent, il peut donc y avoir 15 artistes sur l’album. Ce projet voulait intégrer un artiste par pays, et j’ai été très ravi d’avoir été choisi pour Madagascar.

Justement, quelle musique proposez-vous ?
Je travaille avec les genres de musique qu’on trouve dans le sound system, mais actuellement, je donne plus de place à mes propres inspirations. Il y a certains titres où avec des touches malgaches, mais au lieu de fusionner les genres musicaux, je les arrange comme une suite : du ska, de la musique du sud de Madagascar, du ska, du salegy pour revenir au ska après. Même en incorporant plusieurs influences, je garde l’authenticité de la musique.

Pour quelle finalité ?
Je laisse le spirituel et le surnaturel aux autres, même si j’admire les artistes qui sont très poétiques dans leur expression. Je suis plus terra à terre avec des sujets comme la politique pratique, l’économie, l’éducation et l’écologie. Ce sont des thèmes qui me tiennent à cœur car il y a des idées que je veux développer dans ces sujets-là. Je m’engage donc sur plusieurs fronts, mais c’est la cause d’environnementale qui me tient le plus à cœur. Je suis également panafricaniste et afrocentriste, sans pour autant tomber dans un communautarisme raciste. Car il arrive que l’afrocentrisme soit considéré comme une idée qui écarte tout ce qui n’est pas africain, or, s’aimer soi-même ne veut pas dire détester les autres.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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