Kheman « Rétablir les sound systems à Madagascar »
15 janvier 2024 // Musique // 16036 vues // Nc : 168

Bien qu’il existe depuis presque 60 ans, le reggae reste une musique sous-estimée d’après l’artiste reggae Kheman. Alors, il fait sa part avec sa musique, et avec le sound system Ital Tunes. Grâce à ces deux activités, il veut diffuser le reggae à un public plus large, le débarrasser des stéréotypes et faire comprendre ce dont cette musique est capable.

Pourquoi Ital Tunes Sound System ?
Le sound system, c’est comme une boîte de nuit où on ne passe que du reggae et du dance hall, avec des animations spéciales.
C’est un partage de culture et de musique. Sans cette plateforme, c’est difficile de diffuser le reggae dans la masse. C’est pour être diffusé dans les sound systems que le reggae a vu le jour, et ce sont les sound systems qui le propagent, plus que la radio et la télévision.
À Mahajanga, il y avait le Kilimandjaro Sound, et le Kingston Sound, puis il y a eu One Love Sound à Antananarivo. Mais depuis une dizaine d’années, Ital Tunes Sound System est le seul qui est actif à Madagascar.
Nous avons arrêté il y a trois ans et nous nous sommes rendu compte qu’il n’y en avait plus, alors nous sommes en train de reprendre, et si tout se passe bien il y aura un sound system bientôt.

Dans ce genre d’événement, il y a plusieurs sous embranchements : le selecta qui choisit les musiques, et il y a le DJ qui est aussi le maître de cérémonie, c’est plutôt un animateur. Je suis à la fois selecta et DJ. Peut-être qu’il y aura une centaine de personnes au début, puis des milliers plus tard, réunis chaque semaine.

Mais y a-t-il une offre à la hauteur d’un sound system à Madagascar ?
J’ai commencé à être animateur sound system vers 2011, à Fianarantsoa. La salle était pleine à craquer alors que c’était une soirée reggae improvisée, de 20 heures à quatre heures du matin. Suite à quoi un connaisseur s’est approché pour nous dire qu’il ne s’attendait pas à être aussi impressionné à Madagascar. Sachant que cette personne a déjà assisté à des sound systems en Afrique du Sud et au Japon, entre autres. C’était un retour très encourageant pour une première soirée, alors j’ai continué. Il y avait aussi un projet de One Regime Album en 2016. C’est-à-dire qu’au lieu d’un album où il n’y a qu’un seul artiste, il y a un seul instrumental sur lequel plusieurs artistes chantent, il peut donc y avoir 15 artistes sur l’album. Ce projet voulait intégrer un artiste par pays, et j’ai été très ravi d’avoir été choisi pour Madagascar.

Justement, quelle musique proposez-vous ?
Je travaille avec les genres de musique qu’on trouve dans le sound system, mais actuellement, je donne plus de place à mes propres inspirations. Il y a certains titres où avec des touches malgaches, mais au lieu de fusionner les genres musicaux, je les arrange comme une suite : du ska, de la musique du sud de Madagascar, du ska, du salegy pour revenir au ska après. Même en incorporant plusieurs influences, je garde l’authenticité de la musique.

Pour quelle finalité ?
Je laisse le spirituel et le surnaturel aux autres, même si j’admire les artistes qui sont très poétiques dans leur expression. Je suis plus terra à terre avec des sujets comme la politique pratique, l’économie, l’éducation et l’écologie. Ce sont des thèmes qui me tiennent à cœur car il y a des idées que je veux développer dans ces sujets-là. Je m’engage donc sur plusieurs fronts, mais c’est la cause d’environnementale qui me tient le plus à cœur. Je suis également panafricaniste et afrocentriste, sans pour autant tomber dans un communautarisme raciste. Car il arrive que l’afrocentrisme soit considéré comme une idée qui écarte tout ce qui n’est pas africain, or, s’aimer soi-même ne veut pas dire détester les autres.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Evénement : Vide-Grenier by ViD'EO séduit le public

Lire

5 octobre 2026

Evénement : Vide-Grenier by ViD'EO séduit le public

Nirina Poiron, co-fondatrice de ViD'EO — plateforme malgache de vente et d'achat d'articles de seconde main entre particuliers, inspirée du modèle Vin...

Edito
no comment - Naturellement intelligents

Lire le magazine

Naturellement intelligents

Ce mois d'octobre, pendant que certains débattent encore de savoir si l'IA va « prendre leur travail », des lycéens malgaches de 13 à 17 ans sont à Séoul pour le First Global Challenge, prêts à en découdre avec les meilleurs cerveaux robotiques de 190 pays. En novembre, la Team CERISE de l'Ecole Nationale Informatique de Fianarantsoa reprend l'avion pour le Robotex International, catégorie Lego Sumo 3kg open — des sumos en lego, précision utile, même si le principe reste le même que l'original japonais. Et pendant ce temps, nos geeks locaux s'attaquent à des IA from scratch, c'est-à-dire construites de zéro, sans filet, sans modèle préfabriqué. Même les mpanandro — nos astrologues traditionnels gardiens du Fanandroana depuis des siècles — ont désormais un interlocuteur numérique avec OANA, une application qui veut rendre l'astrologie malgache accessible à tous sans déposséder les maîtres du calendrier. On appellera ça la modernité avec respect des anciens. Ou de l'audace bien élevée.Mais voilà — et c'est là que le professeur en nous reprend la parole — une machine qui pense vite ne pense pas forcément juste. L'IA est un marteau formidable, à condition de ne pas s'en servir pour planter des vis. Elle assiste, amplifie, accélère — elle ne remplace pas le jugement, la nuance, ni cette petite chose qu'on appelle l'expérience. Confier son devoir, son diagnostic ou sa stratégie d'entreprise à un algorithme sans en vérifier la cohérence, c'est un peu comme demander à un GPS de choisir votre métier. Nos jeunes qui construisent leurs robots et leurs IA de zéro l'ont compris avant beaucoup d'adultes — la vraie intelligence artificielle commence par une vraie intelligence naturelle.

No comment Tv

Interview - Ravo Raboanarison - Août 2026 - NC 199

Découvrez Ravo Raboanarison, violoniste, dans le no comment® NC 200 – septembre 2026
La scène du classique et du jazz connaît Ravo Raboanarison — notamment pour avoir tenu le premier violon au sein du Quatuor & Squad. Mais depuis quelques temps, cet archet-là ne se laisse plus enfermer dans un seul registre. Vingt-trois ans de pratique, et une conviction qui s'est imposée progressivement : le violon peut aller bien au-delà du classique.

Focus

Salon de l'auto 2026

Salon de l'auto 2026 au CCI Ivato

no comment - Salon de l'auto 2026

Voir