Hazel : Engageante et engagée
6 septembre 2023 // Arts de la scène // 8369 vues // Nc : 164

Si elle peut être fière d’avoir participé à un événement d’envergure tel que la semaine de l’Europe, c’est pourtant loin des prestigieuses planches de l’Union Européenne que Hazel a appris à maîtriser les vers. Ayant grandi à Tuléar, rien ne prédestinait celle que tout le monde appelait alors Faniry Harifera au slam. Aujourd’hui, la jeune femme considère la poésie orale comme son médium de prédilection. Cela lui vaut d’être invitée par plusieurs organismes pour supporter leurs causes, en plus d’un public qui termine ses textes à sa place lors de ses performances. Une notoriété assise à coup de gueule par celle qui assume pleinement son audace.

Assister à une scène de Hazel, c’est tout sauf un dialogue à sens unique. Comme elle adore engager le public à ses prestations, elles ressemblent plus à un ping-pong verbal qu’à une écoute tranquille. « Il faut s’attendre à discuter avec moi, je vais poser des questions, je vais attendre des réponses et des réactions. Je vais réagir suite à ces réactions, c’est une discussion, je raconte une histoire et le public me répond. » Si Hazel privilégie autant les échanges interpersonnels, c’est parce qu’elle en a ressenti le manque à ses débuts. A son arrivée dans la capitale, elle ne parlait que le vezo (dialecte de son Tuléar d’origine) et le français, une barrière de langue qu’elle a voulu dépasser en intégrant Havatsa UPEM (Union des Poètes et Ecrivains Malgaches). La jeune écrivaine va alors enrichir son vocabulaire, mais le papier ne se plissa pas sous les vers de celle qui voulait faire réagir. « Avec le côté très académique de cette institution, je ne pouvais pas m’exprimer comme je le voulais, il fallait faire attention à son image et tout. » Elle se défait alors de ses préjugés sur le slam et se fait sa propre définition, scène ouverte après scène ouverte. « Avant, je me suis dit que les slameurs étaient des artistes qui n’avaient rien à faire de leur vie. Ensuite, j’ai rencontré des personnes qui m’ont expliqué ce que le slam est en réalité. Je le définis comme une scène, une expression, un mouvement. Il faut être sur place avec le public et passer un message à des oreilles qui écoutent. »

En cinq ans, Hazel reste fidèle à sa définition du slam, jusqu’à en faire sa signature. A force de vouloir se servir des réactions dans ses performances, elle en arrive à les provoquer. « On n’arrête pas de me le dire, soit ‘calme toi Hazel’, soit ‘vas-y doucement avec mots’. Je trouve que j’ai quand même une certaine diplomatie, sauf que je dis des mots qu’on n’a pas forcément envie d’entendre, venant d’une femme surtout. Par exemple, quand je dis ‘être féministe, c’est avoir le choix d’être soumis’, cela divise les auditeurs. » Aux polémiques en ligne et hors ligne, elle répond que les poètes d’autrefois étaient bien plus audacieux, écho de la poétesse férue d’histoire littéraire chez Havatsa UPEM. Il ne s’agit pas de provocation gratuite pour autant, ses mots servent juste ses propos. En effet, Hazel est à un stade où l’artiste doit se définir, et elle s’incline vers l’art engagé. « Je veux me lancer dans les scènes engagées pour les jeunes et pour faire avancer ce mouvement qu’est le slam, d’ailleurs, je commence déjà. Je parle de nationalisme, de violence conjugale, de la relation du public avec le domaine de la santé, mais subtilement et toujours sous forme d’une discussion. » En attendant de basculer du côté des militants, Hazel prépare deux rendez-vous pour ces fans ce mois de septembre, les détails sont sur sa page Facebook.

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina
Contact : +261 34 70 740 58

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Juillet, enfin !

Lire le magazine

Juillet, enfin !

Juillet est là. Et avec lui, cette douce illusion collective qu'on appelle « les vacances ». Douce pour certains, seulement. Parce que pendant que quelques chanceux plient bagages et filent vers les côtes, une bonne partie de Madagascar retient son souffle. Les bacheliers scrutent leur téléphone comme si les résultats allaient tomber par notification divine. Les étudiants enfilent leur première veste de stagiaire — bienvenue dans le monde réel, c'est moins glamour que prévu. Les parents, eux, découvrent avec une joie mitigée que des enfants à la maison toute la journée, c'est bruyant, c'est gourmand, et ça chamaille pour un rien. Quant aux entrepreneurs, ils ont flairé l'aubaine : juillet, c'est la saison des idées — et des chiffres à gonfler. Bref, les vacances, ce grand repos tant attendu, ressemblent pour beaucoup à un sprint déguisé en pause. Heureusement, nocomment est là. Ce mois-ci, on vous embarque à travers Madagascar — ses sorties, ses escales, ses bonnes adresses, ses cultures et ses petites merveilles qui ne font pas de bruit mais méritent qu'on en parle. Parce que s'évader, parfois, ça commence par une bonne lecture.

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Mondiale des services traiteurs

Elimination continental pour la Mondiale des services traiteurs

no comment - Mondiale des services traiteurs

Voir