Disaraga : L’art de l’excellence
14 novembre 2023 // Arts de la scène // 6674 vues // Nc : 166

Disaraga, groupe emblématique de danse malgache incarne l’essence même de la culture malgache à travers la danse. Cette aventure extraordinaire a débuté en 1982 sous le nom de « Groupe Sara », avec à sa tête Ramparany Saraela, également connu sous son nom d’artiste « Sara ». Au mois d’octobre, c’est le Japon qui accueille le collectif lors du festival Osaka in the World.

En reconnaissance de leur excellence, Disaraga a été sélectionné pour représenter Madagascar a l’évènement  Osaka in the World  qui s’est déroulé au Japon du 10 au 31 octobre dernier. « La sélection a été rigoureuse, avec l’envoi d’une vidéo complète de notre spectacle depuis Madagascar, suivi d’une évaluation par des jurys japonais qui ont assisté à notre performance en direct ». En effet, ce voyage au Japon avait un double objectif : améliorer les compétences du groupe et représenter fièrement Madagascar sur la scène internationale. « Ce voyage a également été marqué par une expérience unique : on a été accueilli par des familles japonaises plutôt que dans des hôtels. Cela a permis un échange culturel très enrichissant, renforçant les liens entre Madagascar et le Japon ». Le groupe a présenté sa pièce chorégraphique « Mahagasy » pour célébrer la beauté et la diversité du peuple malgache. Un tableau vivant représentant les danses, les tenues et la musique traditionnelles malgaches. 

Sara insiste sur le fait que chaque membre du groupe, qu’il soit danseur ou chanteur malgache doit incarner une attitude exemplaire lors de leurs performances à l’étranger. « Cette exigence fait partie intégrante de la formation que je dispense, mettant en avant la culture malgache au travers de chaque prestation ». La formation de Disaraga est unique en son genre, car elle combine des éléments classiques, jazz et contemporains pour créer une expérience artistique exceptionnelle. Par contre, sur scène, le groupe transporte le public dans l’univers de la danse d’inspiration traditionnelle, un art de plus en plus rare de nos jours. Cette approche distinctive leur a valu de nombreux trophées et médailles d’or et de bronze, faisant briller la culture malgache sur la scène internationale.

Le tournant décisif survient en 1996  lorsque le groupe se réinvente sous le nom de Disaraga.  Ce nom est riche de signification : « Dihy » signifie danse, « Sara » évoque la valeur, et « Gasy » est synonyme de malgache. Chacun de ses éléments reflète parfaitement la philosophie du groupe. Ce qui distingue véritablement Disaraga, c’est la création d’une danse d’inspiration traditionnelle malgache. « Pour parvenir à cette réalisation, j’ai entrepris des recherches approfondies sur les sources d’inspiration de nos ancêtres malgaches pour cette danse ». Bien qu’il reconnaisse humblement ne pas tout savoir, Sara a approché les anciens, tels que le regretté Dada Gaby, qui faisait déjà partie du groupe à l’époque. « Cette collaboration avec des experts de la danse traditionnelle malgache a été constructive et a contribué à façonner la danse unique de Disaraga : des gestuelles uniques tout en évitant la monotonie. J’ai suivi un système de montage chorégraphique normalisé pour garantir une exécution impeccable de chaque mouvement ». Par la suite, il a partagé son savoir en formant d’éminents danseurs malgaches, tels que les frères Hery et Haingo Ratsimbazafy ou encore Ariry Andriamoratsiresy.

Actuellement, le groupe de danse est composé de huit talentueux artistes (quatre filles et quatre garçons) accompagnés de quatre musiciens sur scène. Ces danseurs ont été formés avec soin par Saraela lui-même, qui ne fait pas appel à des talents étrangers. Il est également le compositeur de leur musique. « Les musiciens jouent des instruments tels que l’accordéon, le tambour, la valiha et le violon pour représenter la richesse culturelle malgache ». Sara, en véritable artiste polyvalent joue également un rôle majeur dans la création des tenues des danseurs sur scène. Comme exemple, les danseuses portent des dreadlocks, des chapeaux malgaches (satroka en tsihy), et des tenues confectionnées en hommage au style vestimentaire traditionnel malgache, y compris les différents styles des provinces de Madagascar. Certes, Sara ne se contente pas de former des danseurs talentueux, il a une vision plus large de la danse et se soucie de l’avenir des jeunes artistes. « Le problème des jeunes d’aujourd’hui est leur impatience et leur propension à abandonner face aux difficultés ». Il souligne ainsi le manque d’ambition et d’objectifs chez de nombreux jeunes aspirants danseurs. Mais les encourage à persévérer et à travailler dur pour réaliser leurs rêves.

Ramparany Saraela
Fondateur du groupe Disaraga.

Pour Saraela, un autre rêve longtemps caressé depuis 2009 prend finalement forme cette année : l’ouverture d’un centre de formation à Ambohitsoa Mahazoarivo. « Ce centre comprend une terrasse et quatre salles polyvalentes qui ne se limiteront pas à la danse, mais offriront également des cours de théâtre, de musique et de gymnastique ». Saraela a collaboré avec des partenaires venus de la France, de La Réunion et de la Guadeloupe pour offrir une formation complète aux élèves. En prime, le programme est diplômant, avec trois cycles au total, dont les deux premiers sont dispensés par le centre et le troisième est en partenariat avec le ministère. En somme, Disaraga, sous la direction de Saraela est un gardien de la culture malgache, un ambassadeur artistique et un mentor pour la jeunesse.

Leur engagement envers l’art, la culture et l’éducation continue d’inspirer et d’enrichir la vie de nombreux Malgaches et de personnes à travers le monde.

Propos recueillis par  Cédric Ramandiamanana
Saraela : +261 34 11 506 07

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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